FRANCISCO CANARO

Il est probable que trois traits de la vie et du caractère de Francisco Canaro resteront pour toujours dans la mémoire des amateurs de tango argentin, liés par le commun dénominateur de la richesse : la richesse de son oeuvre enregistré qui, selon les estimations varie entre 3'500 et 7'000 morceaux, sa richesse personnelle et son goût immodéré pour l'argent, et l'immense travail qu'il accomplit au cours de sa vie pour que les auteurs et compositeurs de tango puissent partager les richesses issues de l'industrie phonographique. C'est en effet Francisco Canaro qui fut à l'origine de la Société argentine des auteurs et compositeurs de musique, la SADAIC.

Francisco Canaro est né à San José de Mayo, en Uruguay, le 26 novembre 1888 et il s'est éteint à Buenos Aires le 14 décembre 1964, des suites d'une maladie osseuse, qui en général n'a pourtant pas de conséquence fatale, la maladie de Paget.

La vie de Francisco Canaro fut à l'image d'un tango argentin. Il naquit pauvre, très pauvre même et vécut les premières années de sa vie dans un « conventillo » portègne après que ses parents eurent déménagé à Buenos Aires. Vendeur de journaux avant même d'avoir dix ans, puis peintre en bâtiment ou maçon, il goûta très tôt aux difficultés de la vie. Pirincho, comme il fut surnommé dès son plus jeune âge, fut toujours attiré par la musique. Il commença par gratter quelques cordes d'une guitare prêtée par un voisin cordonnier avant de fabriquer son premier « Stradivarius » à l'aide d'un bidon d'huile et d'un manche en bois grossier. Car l'instrument de prédilection de Canaro fut le violon.

Après des débuts peu prometteurs au sein d'un trio (bandonéon, piano, violon), Canaro rencontra le bandonéoniste Vicente Greco dont il intégra l'orchestre en 1910. Une de ses premières compositions fut « Matasanos », expression sarcastique désignant les médecins, qu'il écrivit en 1914 à la demande des étudiants en médecine qui organisaient chaque année le « Baile del internado ». C'est aussi lors d'un de ces bals que Canaro prit pour la première fois la direction d'orchestre. Plus tard, devant le succès grandissant du tango, il créa trois orchestres en parallèle, qu'il confia à ses frères mais dont il conserva la direction.

Canaro fut, dans de nombreux domaines, un pionnier du tango. En 1921, il introduisit la contrebasse dans la formation et, en 1924, il fut le premier à incorporer un chanteur, en l'occurrence Roberto Díaz, dans son orchestre. Dès 1918, il travailla à la reconnaissance des droits d'auteurs et ses efforts furent couronnés par la création le 9 juin 1936 de la SADAIC, dont il fut président à plusieurs reprises.

Canaro doit surtout sa fortune à son travail acharné. Il a enregistré des milliers de morceaux, a joué à l'occasion de multiples émissions de radio, dans des théâtres, des bars, des cafés, partout ! Canaro a produit près d'une douzaine de films, passé deux années en tournée en Europe en 1925 et 1926 et surtout, contribution à sa popularité, il a promu le tango-milonga (celui qui se danse) dans le monde entier.

Compositions célèbres :
El chamuyo, Charamusca, La tablada (instrumentaux), Madreselva, Sentimiento gaucho, Se dice de mí, La última copa

Textes de Canaro :
Aunque no lo crean, El Chino Pantaleón, El Tigre Millán, Lo que nunca te dirán, Los ojos más lindos, Te quiero, Vos también tenés tu historia, Yo no sé que me han hecho tus ojos